Le Bal au Kremlin, Curzio Malaparte

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Curzio Malaparte est , au moins, connu pour être l’auteur du chef-d’oeuvre Kaputt, 1944, qui relate son expérience de journaliste correspondant de guerre suivant les troupes allemandes sur le front russe. De père allemand et de mère toscane,   Kurt-Erich Suckert (1898-1957) son vrai nom  , fit de brillantes études qu’il interrompit pour se battre aux côtés des Français , malgré son jeune âge , 16 ans, en 1914. Suivra une carrière d’officier, décoré de La Croix de Guerre avec palme et interrompue après avoir été gazé au  tristement célèbre Chemin des Dames .

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Le Bal au Kremlin n’est pas un roman puisque le narrateur est Malaparte. C’est un livre qui relate son séjour à Moscou sous le règne de Staline. Et , bien qu’inachevé il est de toute première importance par son sujet , le Moscou bolchévique et artistique, et par l’analyse critique et acerbe, avec cette pointe d’ironie cruelle, d’humour presque cynique, propre à l’auteur. Malaparte rencontre les plus prestigieux intellectuels du moments Boulgakov, Maïakovski, entre autres.

Les sept tableaux présentés sont impitoyables pour leurs acteurs, dépeints dans le style magistral de  l’auteur de La Peau . Comme le précise l’éditeur, si ce livre avait été publié, il aurait été attaqué de toutes parts. Les exactions dénoncées par Malaparte, dont la terreur que Staline fait régner sur chaque personne, les assassinats, les grands aristocrates réduits à la mendicité dans les rues de Moscou, la religion interdite, soulignent la décomposition de l’URSS en un régime totalitaire. Aucun intellectuel « marxiste français,( et ils furent nombreux !) ne peut se dédouaner d’avoir soutenu le communisme, par ignorance de ce qui se passait en URSS. Ils savaient car le témoignage de Malaparte n’est pas le seul. Ils se sont tus par lâcheté, cautionnant des millions de morts….

J’ai beaucoup aimé ce livre. Comme tous ceux de Malaparte que je considère comme un des plus grands écrivains italiens que sa lucidité, son expérience des terrains de guerre, sa connaissance des hommes , posent en moraliste. Les très belles pages sur la mort , la liberté, la religion, les références permanentes à l’art,  posent une réflexion spirituelle d’une grande profondeur.

Au sujet du suicide de Maïakovski:  » La beauté et l’intelligence sont des qualités contre-révolutionnaires dans une société marxiste. »

En évoquant les révolutions qui ne servent qu’à substituer une classe à une autre, toujours au détriment du peuple : » Ce qui avait changé, ce n’était point le joyau mais l’étui. »

C’est une lecture stimulante. Témoignage de première main , questions existentielles sur le pouvoir, la mort, mais toujours abordées avec légèreté, humour et ironie.

 

Enfin, et totalement hors-sujet, je voudrais évoquer la belle villa de Malaparte sur l’île de Capri qui fut construite en 1937 par l’architecte Adalberto Libera . C’est une réalisation qui s’intègre totalement au paysage et qui, personnellement me fait rêver. Elle servit, sert peut-être encore, à de nombreux décors de films.

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