Enfant 44, Tom Rob Smith

Editions Pocket, 544 pages, 8€ 40, 2010 pour la traduction.

Traduction de l’anglais France Camus-Pichon.

Il est des rencontres heureuses comme celle-là. J’avais survolé la quatrième de couverture pour connaître le thème de cet intrigant roman au titre accrocheur. L’histoire se déroulant en URSS sous Staline puis Brejnev a suffi de me convaincre.

Leo Demidov, héros de la Seconde Guerre mondiale, occupe des hautes fonctions au sein du Ministère de la sécurité de l’état , MGB. Lors de la découverte du cadavre d’un enfant de moins de cinq, fils d’un de ses collaborateur, il conclut à l’accident, malgré la certitude des parents qui crient au meurtre. La grande Union soviétique ne peut contenir en son sein un tueur d’enfants. Seul l’Ouest et le capitalisme créent des monstres de cette sorte … Mais, toute une série de revers politiques et d’autres meurtres d’enfants vont l’amener à enquêter, clandestinement, face à l’évidence qu’un tueur en série sévit, en toute impunité, du côté de Rostov.

La vie sous la dictature communiste, ses ramifications dans la sphère privée de tout individu, sont remarquablement dépeintes. La peur est le sentiment dominant pour chaque habitant dont la vie peut basculer sur une simple dénonciation. Comme le dit le narrateur quand on rentre à la Loubianka, même innocent, on est coupable et on peut s’estimer heureux d’être envoyé au goulag et non d’être exécuté sur place sans autre forme de procès.

Nous savons tous ce que fut le communisme, mais c’est très différent de lire le quotidien des personnages confrontés à survivre au sens propre et au sens figuré.

Léo Demidov découvre, à ses dépens, ce que signifie tomber en disgrâce. De bourreau -honnêtement convaincu que le parti amènera le bonheur du citoyen russe- il devient victime, proie, étant amené à ouvrir les yeux sur le régime de terreur qui sévit en URSS, sur l’impossibilité de croire que ce n’est qu’une phase transitoire vers un avenir meilleur. Violences, meurtres « légaux », corruption à tous les niveaux, sont décrits sans concession.

Alors que le roman se déroule dans les années cinquante, le premier chapitre, lui, se passe dans les années trente lors des grandes famines crées par Lénine pour collectiviser l’agriculture, jusqu’au moindre grain de céréales volé aux paysans. Ce chapitre m’a saisie par ses descriptions crues de la misère du peuple, les morts innombrables d’enfants et d’adultes affamés. Le ton était donné et l’intrigue lancée.

Plus qu’un roman policier dans l’ère soviétique ce roman a été qualifié de métaphysique puisqu’il soulève de nombreuses questions philosophiques. Il est pourtant, si l’on est intéressé par le contexte historique, agréable à lire. Il retrace, sous couvert de fiction, les exactions d’un des plus grands tueurs en série de l’histoire russe Andreï Tchikatilo qui s’est vanté de cinquante-cinq assassinats mais la justice russe n’a pu retenir contre lui « que » cinquante-deux meurtres faute de preuves suffisantes.

J’ai déjà commandé la suite de ce roman, Kolima, deuxième opus de cette trilogie afin de découvrir les nouvelles enquêtes de Leo Demidov.

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