Premier sang, Amélie Nothomb

Lu sur Kindle, Editions Albin Michel, août 2021, 180 pages, 12€ 99.

Amélie Nothomb a raconté que l’idée d’écrire sur son père Patrick s’est imposée parce que dans sa famille on lui rappelle sans arrêt combien elle lui ressemble dans ses goûts et leur manière d’être respective si proche. Nothomb donne donc la parole à son père avec un récit à la première personne, une autobiographie fictive. De quoi adoucir un peu la disparition de ce père survenue en 2020.

Lire Nothomb c’est l’assurance de croiser une belle langue, fluide, souvent teintée d’humour, d’autodérision et d’ironie. La narration à la première personne évite toute sentimentalité ou pathos puisque le parti pris de Patrick est de dédramatiser toute situation le concernant. Pourtant des événements vécus par le jeune Patrick auraient pu être traumatisants pour n’importe quel enfant, notamment les vacances dans le château des Nothomb où les enfants sont privés du strict minimum, nourriture, soins, chauffage . Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, et leurs frasques sont présentées dans une tonalité comique, soutenue par une écriture alerte non dénuée de cruauté. Anecdotes sûrement hyperboliques, peut être pour rappeler que ce livre est une fiction et non une biographie.

Par ce choix de narration le père est tenu à distance, décrit sans mièvrerie, se présentant souvent comme un enfant qui désire plus que tout ressembler à ceux de sa lignée bien que n’ayant que peu de traits communs avec eux. Il ne sera pas soldat comme son père et son grand-père car peu sportif et trop intellectuel. La carrière diplomatique lui tend donc les bras.

On pouffe de rire quand le grand-père Nothomb, écrivain et poète, entend son petit-fils réciter ses vers et s’en trouve ivre de bonheur alors que cette récitation est une punition infligée à Patrick par ses jeunes oncles… L’épisode du mariage de Patrick est aussi cocasse et déjà se dessine la force de caractère dont il fera preuve lorsque, consul au Congo, à Stanleyville (aujourd’hui Kisangani) il est retenu en otage avec des centaines d’autres Européens durant quatre mois, et qu’inlassablement, malgré les exécutions d’otages, il négociera avec le chef des rebelles congolais, jusqu’à leur libération par les parachutistes belges.

180 pages denses, passionnantes sur ce père qu’elle admire tant. Remarquable hommage à Patrick qui, lui, aurait tant aimé grandir auprès d’un père. Admiration qui l’a poussée à rédiger une postface pour Intolérance zéro, quarante deux ans de carrière diplomatique, que Patrick Nothomb publia sur sa carrière de diplomate en 2004.

Je ne suis pas une inconditionnelle d’Amélie Nothomb même si j’admire son style et que je prends plaisir à voguer sur son site au beau graphisme mais cet opus m’a donné envie de lire Biographie de la faim où la figure du père est aussi très présente.

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