Souviens-toi de ton avenir, Anne Dufourmantelle

Lu sur Kindle, 15€ 99, 496 pages, Editions Albin Michel, 2018.

Tout d’abord, j’aimerais évoquer les raisons qui m’ont poussée à lire ce roman. J’aimais beaucoup Anne Dufourmantelle, cette philosophe psychanalyste dont je lisais ou suivais les interviews. Sa mort dramatique et prématurée m’a bouleversée : lorsqu’on écrit un essai intitulé Eloge du risque , (2014) et que l’on meurt en sauvant deux enfants de ses amis de la noyade, il faut bien reconnaître que cette personne mérite notre admiration et notre respect. Elle avait cinquante-trois ans.

C’est donc un de ses romans que j’ai découvert, le dernier, et j’avoue avoir été enthousiasmée par la double histoire qu’il contient. Le roi Akhan, descendant de Gengis Khan, depuis les plateaux de l’Altaï, au XIVe siècle, lance une expédition rêvant de s’embarquer sur le Pacifique à la découverte de terres nouvelles. Il fait consigner par un lettré italien, Adalberto, venu étudier en pays mongol, en langue latine et en langue phags-pa en vis-à-vis sur des rouleaux , les événements de son long et meurtrier périple. Le roman est hanté par de magnifiques personnages, Nûr le vieux chamane aveugle, Aghyar , sa petite-fille, guerrière redoutable et redoutée. Leurs aventures alternent avec celles d’historiens et érudits parisiens de notre époque qui, après l’étude d’un fragment du manuscrit du roi Akhan, pressentent qu’ils vont vers une découverte archéologique qui bouleversera l’histoire de la navigation et celle de l’Equateur.

C’est aussi une sorte de conte philosophique dont l’érudition sur les coutumes, la langue du peuple mongol, leur quotidien, leur armée, ravit la curiosité sans jamais être pesante ou pédante. Que ce soient les personnages de l’épopée mongole ou ceux qui tentent de découvrir le manuscrit complet, le lecteur n’a plus envie de les quitter. Ils prennent corps et vie sous nos yeux. Et la partie contemporaine du roman est menée telle une intrigue policière. Les fragments d’Adalberto éveillent toutes les convoitises. Face aux multiples rebondissements dans leur recherche , j’ai pensé à une sorte de parodie de romans policiers . Enfin, aux deux époques, comme pour les unir, souffle le vent rouge. Dans les croyances du peuple mongol, il a le pouvoir d’ouvrir des brèches dans le temps « que le même événement, invisiblement, coexiste, sur plusieurs plans de l’espace et du temps » et d’ailleurs, les deux histoires se rejoignent.

Que nous conte Anne Dufourmantelle ? Sa réflexion porte sur le temps, qui n’est pas celui qui rythme nos journées, la mémoire, sur la permanence d’un inconscient collectif des peuples que nous portons encore en nous, que l’on peut retrouver si nous prenons la peine de le chercher. La langue d’Anne Dufourmantelle est belle, lyrique et poétique quand elle nous emmène sur les plateaux du mont Altaï et dans les rêves, les visions de ses personnages. C’est un agrandissement du monde, une belle évasion .

Présentation de l’éditeur :

« Tout à la fois épopée initiatique et roman philosophique, cette œuvre ultime d’Anne Dufourmantelle, magistrale et prémonitoire, nous mène aux confins du temps et de la terre. Deux quêtes s’y font écho, à des siècles de distance : quittant ses montagnes de l’Altaï, un roi mongol entreprend une expédition par-delà la Chine et l’océan Pacifique jusqu’aux rives de l’Equateur tandis que, de nos jours, un groupe de chercheurs, fasciné par son périple, tente d’en reconstituer le récit.
D’un bord à l’autre du monde, entre le XIVe et le XXIe siècle, ce roman nous fascine, nous captive, nous trouble profondément, tel un rêve chargé de vérité. »

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