Le Tombeau d’Apollinaire, Xavier-Marie Bonnot

9782714480606ORI

Rentrée Littéraire2018

Lu sur Kindle, 400 pages,  12€99, Editions Belfont, Collection Pointillés, 4 octobre 2018.

Présentation de l’éditeur :

«  Que la guerre est belle ! Mensonges, tout ça.  » Dans les tranchées de la Grande Guerre, le sergent Philippe Moreau dessine les horreurs qu’il ne peut dire. Son chef, le sous-lieutenant Guillaume de Kostrowitzky, écrit des articles, des lettres et des poèmes qu’il signe du nom de Guillaume Apollinaire. La guerre, comme une muse tragique, fascine l’auteur d’ Alcools. Pour Philippe Moreau, jeune paysan de Champagne, elle est une abomination qui a détruit à jamais son village. Blessés le même jour de mars 1916, les deux soldats sont évacués à l’arrière et se perdent de vue. Philippe Moreau va tout faire pour retrouver son lieutenant. Une quête qui l’entraîne jusqu’à Saint-Germain-des-Prés et Montparnasse, où il croise Cendrars, Picasso, Cocteau, Modigliani, Braque… Guillaume Apollinaire est mort il y a tout juste cent ans. À travers le regard attendri et critique d’un sacrifié de la Grande Guerre, Xavier-Marie Bonnot raconte avec puissance les dernières années de la vie de l’auteur du Pont Mirabeau. »

Xavier-Marie Bonnot est un écrivain réalisateur, né en 1962 à Marseille. Outre son activité cinématographique, il a à son actif une dizaine de romans et nouvelles. C’est donc un auteur confirmé et la lecture de ce beau roman en est la preuve.

Nous sommes en novembre 1915 et nous découvrons à travers les yeux de Philippe Moreau, jeune paysan du nord de la France qui est coupé de sa famille car la région est occupée par les Allemands,  le sous-lieutenant Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, que nous connaissons sous le nom de Guillaume Apollinaire. La vie de Moreau bascule avec cette rencontre. Il dessine la guerre, l’horreur, et Apollinaire est séduit par ses croquis. Une étonnante amitié de frères d’armes naît de cette rencontre presque saugrenue dans ce contexte.

Le roman se divise en deux parties: la première au front, dans les tranchées puis la seconde à Paris, dans le milieu artistique autour d’Apollinaire où Moreau l’a rejoint et se lie d’amitié avec, notamment, Cendrars. Le roman est émaillé de poèmes d’Apollinaire , bien sûr, mais aussi de Cendrars, Rimbaud, par exemple . Cette peinture du Paris dans la guerre est passionnante tant elle revit sous les yeux du lecteur grâce à une plume fluide, une narration impeccable qui emportent immédiatement l’adhésion et l’enthousiasme. C’est un roman bouleversant qui noue la gorge, serre le cœur et embue parfois les yeux. Il touche de près à notre histoire car tant de familles ont un ancêtre tué, blessé, lors de cette guerre.

Ne nous y trompons pas. Xavier-Marie Bonnot n’évoque pas seulement l’auteur des Poèmes à Lou dans son courageux engagement pour la France. Si ce roman décrit les horreurs du champ de bataille, avec précision et sans pathos, puis Paris sous les bombardements, il est aussi, par ces deux personnages, le poète et le dessinateur, une réflexion profonde et sensible sur l’art, la création, l’amour et l’amitié.

La rencontre avec Moreau:

 » -Je suis Guillaume Apollinaire, mon nom de plume.

Il scrute mon visage, dans l’attente d’un signe d’admiration. Je ne connais le nom qu’il vient d’annoncer. A grandes enjambées, il file vers sa cagna, farfouille dans sa cantine, en sort un livre ratatiné. Alcools. Au Mercure de France.

-Alors là, mon lieutenant ! Quand je vais dire ça aux copains. Un vrai poète. Comme à Paris. Qui écrit des livres!

Il éclate de rire, un rire italien. Un artiste parmi nous. Pourvu que les Boches nous le laissent quelques temps. J’ai peur qu’il sorte de la tranchée, revolver au poing, poitrine en avant, et qu’il se fasse moucher. Comme Charles Péguy dans la Marne. « 

 

Extrait où Apollinaire apprend que Cendrars a perdu une main au combat :

 » -Blaise Cendrars est à la Légion. Comme Ricciotto Canudo, le grand écrivain italien. Comme Zadkine et d’autres. Blaise est au 3e régiment de marche. Un volontaire d’un autre pays, comme moi. Il aime tant la France qu’il lui a offert sa main amie. On va lui donner la médaille militaire et la croix de guerre avec palmes, je pense. Peut-être même qu’on le fera français. Il a écrit avec d’autres, un manifeste pour l’engagement des étrangers avec la France. « 

Les doutes face à l’horreur:

«  Je hausse les épaules. Ses yeux voilés d’effroi se demandent à quoi tout cela sert. Il donne l’impression de retenir un vomi. Il a voulu être de cette guerre, en récolter les lauriers. L’aimer, la haïr. Faire son malin devant les dames, dire des bobards. Je sens que ses sentiments s’inversent parfois. Il consent et déteste. On ne devient pas fantassin, on se maudit en y allant. Les certitudes qu’il trimbalait avec son paquetage impeccable sont devenues d’une extrême fragilité. Face à lui, le grand nul part de l’existence. « 

A l’approche du centenaire de la reddition de l’Allemagne, il faut lire ce roman de Bonnot.

 

 

 

 

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