Le djihad contre le rêve d’Alexandre, Jean-Pierre Perrin

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Février 2017, 19€50, 304 pages, Editions du Seuil.

Sous-titré « En Afghanistan, de 330 avant Jésus-Christ à 2016″ ce livre a reçu le prix Joseph Kessel 2017. Et c’est largement mérité !

Dans la tradition de Nicolas Bouvier, qu’il cite assez souvent, ce récit de voyage mêle souvenirs personnels, évocations historiques et réflexions personnelles sur l’Afghanistan, le Pakistan. La longue expérience du terrain comme grand (ex) reporter pour Libération, de Jean-Pierre Perrin apporte des informations de première qualité sur les groupes rivaux, la guérilla permanente entre factions islamistes rivales mais surtout sur leur mentalité. Car, Perrin insiste sur une composante essentielle des alliances entre tribus qui ne sont jamais durables et peuvent se retourner contre les alliés d’un jour, ce qui rappelle le destin du commandant Massoud ou du sanguinaire Haqqani.

En fait, ce livre m’a attirée parce qu’il retrace le long périple d’Alexandre-Le-Grand dans ce qui deviendra l’Afghanistan. Son implantation donnera lieu à une dynastie grecque durant neuf générations ! L’érudition de Perrin est admirable et son talent littéraire redonne vie au grand conquérant et aux cités qu’il soumit. Il ne faut pas oublier que depuis Alexandre, aucun général, aucune nation, à travers les siècles ne parviendra à soumettre ce pays de paysans-guerriers.  L’organisation du livre est aussi judicieuse car elle entre-mêle le passé et le présent. D’un paragraphe consacré à Alexandre,  on saute à l’histoire récente des Talibans. Lorsqu’on a lu et médité les explications de Perrin sur certaines tribus, on comprend aisément l’échec des Anglais, Russes, Américains à s’imposer dans ces terres arides. On comprend mieux aussi pourquoi ce pays abrite les Talibans, fut le refuge de Ben Laden et regroupe les théoriciens de la guerre sainte. Sans oublier le passage de Mohamed Merah …

Perrin nous maintient sous le charme quand il évoque l’art né de la rencontre de la Grèce et l’Orient, avec l’art du Gandhara  » miracle de la fusion entre l’art grec et le bouddhisme, qui permit la représentation du Bouddha avec des traits humains, ici inspirés d’Apollon. Dans La Voix du silence, Malraux en résume l’enjeu :  » Il semblait au sculpteur […]de figurer d’abord la suprême sagesse par la suprême beauté.  »  »

De même l’art Kouchan (IIe siècle avant Jésus-Christ) dont l’immense bouddha couché de plus de cinq mètres illustre cette fusion parfaite des influences artistiques grecques, iraniennes et indiennes.

Rarement j’ai annoté un livre comme celui-là ! D’une part pour retenir ce que j’apprenais mais surtout parce que Perrin donne des clefs pour comprendre ce que nous vivons face à la barbarie inspirée du wahhabisme.

Le rêve eurasien d’Alexandre est bien mort.  L’Afghanistan est vraiment « le cimetière des empires ».

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