Mémoires, Marguerite de Valois

margot

363 pages, 8€50, Mercure de France, Collection Le Temps Retrouvé.

On connait mieux Marguerite de Valois [1553-1615] sous le nom de la Reine Margot, immortalisée par Alexandre Dumas et source inspiratrice de beaucoup d’artistes, jusqu’au cinéma qui s’est emparé de sa légende. Il m’a paru plus fructueux de lire ses Mémoires, présentés et annotés par Yves Cazaux. J’aime particulièrement cette collection du Temps Retrouvé dont je possède déjà cinq volumes.

Marguerite est la fille de Catherine de Médicis, qui devient par son mariage avec Henri de Navarre, reine, puis reine du royaume de France quand Henri, après sa conversion au catholicisme, sera sacré roi de France ouvrant ainsi le règne des Bourbon, éteignant celui des Valois. Cette princesse a toutes les qualités pour ce siècle si propice aux femmes. Mais les guerres de religion contrarient pourtant l’avenir exceptionnel auquel elle pouvait prétendre.

Marguerite reçut une éducation raffinée qui lui valut d’attirer et de s’entourer des plus grands artistes de son temps. Même Montaigne était sous le charme de sa beauté et de sa culture. La lecture la passionnait et ses Mémoires sont jalonnés d’une riche intertextualité.

C’est un récit saisissant qu’elle livre de sa vie. Rien ne lui fut épargné par son frère le roi de France, Henri III. Le récit de la  Saint-Barthélémy  où les assassinats se déroulèrent sous les yeux-mêmes de Marguerite dans les couloirs et sa chambre au Louvre, est capital pour les historiens et permet au lecteur de comprendre ce qui motiva cette décision aux conséquences politiques, religieuses et sociales si graves et désastreuses.

Outre cette plongée dans le XVIe siècle, le portrait d’une grande amoureuse se dessine. Marguerite n’a pas tous les amants que la « légende noire » lui prête mais elle vit ses amours quitte à contrarier sa mère et son frère le roi.

On se réjouit de son style alerte, dans la belle langue du moyen-français, sans afféteries ni lyrisme ou pathos.

J’ai aussi découvert – et ce n’est pas le moins intéressant- que Madame de La Fayette avait dû lire et relire les Mémoires de Marguerite. On retrouve effectivement tous les noms des aristocrates cités dans La Princesse de Montpensier (même celui-ci) jusqu’à celui de Monsieur de Chabannes. Le triste récit de la mort de Mlle de Tournon, abandonnée par son amant,  inspira Shakespeare pour Peine d’Amour perdues mais aussi Madame de La Fayette pour La Princesse de Clèves.

Prochaine étape dans cette belle collection les Mémoires de Bussy-Rabutin qui fut l’amant de Marguerite ou les écrits de Pierre de Bourdeille dit Brantôme.

 

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