Discours sur le bonheur, Madame du Châtelet

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7€50, Rivage Poche, 72 pages.

C’est un petit discours de 39 pages, (plus l’introduction d’Elisabeth Badinter sur une femme qu’elle connait bien pour lui avoir consacré une biographie), écrit dans un style limpide et qui n’était pas destiné à la publication. Il ne le fut, qu’en 1779, selon le désir de Saint-Lambert, dernier amant d’Emilie du Châtelet, qu’après la mort de Voltaire et de l’époux en titre, le marquis du Châtelet.

En effet, si cette femme exceptionnelle se livre à des considérations générales sur le bonheur, elle s’épanche aussi sur sa longue liaison avec Voltaire, sur les souffrances vécues de son désamour pour elle.

Madame du Châtelet force l’admiration par sa vie qui illustre son courage d’oser vivre ce qu’elle voulait être et par sa passion pour le savoir qui l’ont amenée à correspondre avec tous les mathématiciens et physiciens de son époque. Sa traduction du latin des Principia  de Newton fait encore référence aujourd’hui.

Son discours n’est pas , à proprement parler, une recette pour atteindre le bonheur, mais il dresse l’inventaire des chemins possibles pour trouver une forme d’épanouissement. Savoir ce que l’on veut être et rejeter tout ce qui s’y oppose. Et les mœurs et mentalité de l’époque ne laissaient guère de choix à une femme. Ce qui amena Emilie à comprendre que l’étude est un des rares domaines où une femme pouvait exceller, égaler les hommes, et souvent, dans son cas, les surpasser. Elle revient d’ailleurs à cette passion de l’étude à la fin de son essai, comme remède à tous les maux, amour déçu, tristesse, fuite du temps.

Un extrait des belles pages évoquant sa relation avec Voltaire.

 » […] mais j’ai été heureuse pendant dix ans par l’amour de celui qui avait subjugué mon âme; et ces dix ans, je les ai passés en tête à tête avec lui sans aucun moment de dégoût, ni de langueur. Quand l’âge [elle parle de Voltaire) , les maladies, peut-être aussi un peu la facilité de la jouissance ont diminué son goût, j’ai été longtemps sans m’en apercevoir; j’aimais pour deux, je passais ma vie entière avec lui, et mon cœur, exempt de tout soupçon, jouissait du plaisir d’aimer et de l’illusion de se croire aimé. Il est vrai que j’ai perdu cet état si heureux, et que ce n’a pas été sans qu’il m’en ait coûté bien des larmes. Il faut de terribles secousses pour briser de telles chaînes: la plaie de mon cœur a saigné longtemps, j’ai eu lieu de me plaindre, et j’ai tout pardonné. »

Je réfléchis très sérieusement à aborder ce beau texte avec mes premières. C’est une démonstration limpide, dans une langue simple et précise qui peut ouvrir bien des sujets de réflexion et de pistes d’étude sur le XVIIIe siècle.

 

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